Feuilletant une nouvelle fois son cahier de biologie, Angeline reçue un coup de pied dans le tibia.
- Aïe, s'écria-t-elle en relevant enfin les yeux vers son amie.
- On est à table, tu réviseras plus tard.
Son amie parut visiblement choquée qu'on puisse réviser dans un moment pareil.
- Plus tard ? se récria Angeline. Le DS est dans à peine une demi-heure.
Elle se retenue à temps de lui lançer une parole blessante.
Elles étaient amies depuis le début du lycée, c'est-à-dire deux ans déjà passés. Etant toutes les deux en désaccords quasi permanents, les disputes fusaient constamment. Mais elles finissaient toujours par se réconcillier malgré leur caractère totalement opposé.
Elodie était une petite blonde qui inspirait toujours la joie de vivre et l'insouciance, elle prenait souvent tout à la légère et un DS était le cadet de ses soucis. L'opposé d'Angeline, une grande brune à la silhouette svelte qui frôlait toujours une inquiètude quasi permanente.
- Tu sais qu'on a le BAC à passé à la fin de l'année ?! reprit Angeline. Tu t'en fous ou quoi ?
Elle passa une main en arrière dans ses cheveux, puis s'humecta les lèvres.
- Je le sais très bien, déclara-t-elle à contre coeur. Mais on est en train de manger, fallait réviser avant.
Angeline referma son cahier en soupirant. Puis elle lança enfin un coup de fourchette dans son assiette.
- Voilà je mange. Contente ? Si on se ramasse, tu ne viendras pas te plaindre !
- Ça ne risque pas que je me plaigne pour une note, dit-elle en avalant son verre d'eau d'un trait.
Après leur déjeuner, elles arrivèrent un peu plus tard devant la salle de biologie.
Apparement toute la classe était déjà présente, la sonnerie avait déjà retentie, la professeure allait donc arriver d'une minute à l'autre.
Les minutes défilèrent et toujours aucune trace de Madame Frankline, professeure de biologie. Cela ne lui ressemblait pas, elle qui était toujours à cheval sur les horaires. Angeline en profita pour ressortir son cahier.
- Mais tu ne vas pas encore réviser miss intello ?! s'ébranla Elodie, les yeux équarquillés. Elle est absente je pense...
- Elle est jamais absente, alors laisse-moi revoir l'éthymologie, dit-elle vaguement absorbée déjà dans ses notes.
Elodie soupira.
- Tu n'es pas croyable.
Une camarade de classe fit apparition dans le couloir quasi désert.
- Elle est absente, s'écria-t-elle d'une voix forte.
Toute la classe soupira de soulagement sauf Angeline.
- T'as l'air déçue, se moqua Elodie. Je te l'avais dit.
- Mais j'ai révisé depuis une semaine pour ce DS !
- Allé la blasé, dit-elle en la poussant. On se barre du bahut, je n'ai pas envie d'aller en perm ni au foyer.
- Ouais, lui répondit-elle ailleurs.
Elle heurta une personne de plein fouet.
- Tu ne peux pas regarder où tu vas ?! s'écria une voix masculine.
Angeline déstabilisée n'osa prononcer la moindre parole. Son amie la devança.
- C'est toi qui lui a rentré dedans espece de debile ! Va t'acheter des lunettes... Allé viens, dit-elle à son amie. On va dehors.
Elles se retrouvèrent devant le lycée quelques instants plus tard. Le téléphone d'Angeline sonna plusieurs fois mais celle-ci ne répondit pas.
- Pourquoi tu ne réponds pas ? lui demanda Elodie en s'allumant une cigarette.
- Ça ne sert à rien, il n'y a jamais personne au bout du fil. Depuis quelques jours j'en reçois et toujours en inconnu.
- Tu devrais vérifier quand même si ça se trouve c'était ta mère cette fois.
- Non c'était le même il appelle presque tout le temps à la même heure.
- Bizarre si ça se trouve t'es tombée sur un détraqué, dit-elle d'un ton rieur.
- Arrête ce n'est pas drôle je vais être obligée de changer de portable.
- De toute façon ça ne lui fera pas de mal vu l'antiquité que c'est ton vieux bazar.
Angeline ne répondit rien.
- Excusez-moi, les interpela une voix masculine.
Angeline ne se retourna pas vers l'interessé et préfèra laisser son amie le faire, qui elle était de face.
Elle vit le visage de son amie s'illuminer et ses yeux briller.
- Est-ce que vous savez où se trouve le bureau du Directeur de cet établissement ? poursuivit-il d'une voix assurée.
- Euh oui, balbutia difficilement Elodie. Vous devriez aller à l'accueil ils vont vous expliquer.
Elle accompagna ses paroles d'un geste. Puis Angeline la vit sourire timidement.
- Merci, lui déclara-t-il.
Elodie le regarda s'en aller et mis quelques minutes à retrouver ses esprits.
Un sourire moqueur se dessina sur les lèvres d'Angeline.
- T'as craqué toi, lui lança-t-elle.
- Arrête tu ne l'a pas vu ?! T'aurais dû voir ce mec, j'ai cru que mon coeur allait lâcher.
- Ne te mets pas dans des états pareils pour un mec, ria Angeline.
- Et toi alors ? T'aurais pu te retourner mal polie ! Rolala tu l'aurais vu là j'aurais compris que tu ne puisses pas aligner deux mots, même moi j'ai eu du mal. Bon on avait d'autres cours apres la bio ?
- Tu ne connais toujours pas ton emploi du temps ?! Non on a plus cours.
- Alors viens on va aller devant l'accueil, commença Elodie en la tirant par le coude.
- Tu crois vraiment que t'as une chance de le revoir ?
- Bah oui faudra bien qu'il ressorte du bahut allé en route !
- J'aurais préféré quitter que de m'enterrer dans ce bahut pourri...
- Allé allé, tu vas voir c'est the beau gosse ! annonça-t-elle.
Elles se plaçèrent devant l'accueil en attendant l'apparition de cet homme.
- Le voilà ! Le voilà ! s'écria Elodie une demi-heure plus tard.
Elle secoua Angeline par le bras toute émoustillée.
- Ne me secoue pas comme ça ! s'écria-t-elle les yeux clos.
- Réveille-toi quand même tu vas le louper !
- Arrête on va se faire remarquer.
Angeline ouvrit les yeux à regret et se força à chercher du regard ce fameux homme.
C'est alors qu'elle ne vit que lui. Elle ignorait si c'était de lui qu'Elodie n'arrêtait pas de parler mais pour elle c'était lui qui avait de l'importance à ses yeux. Une chose était sûr ce n'était pas un élève, pensa Angeline fasciné par la silhouette de cet homme. Elle osa relever les yeux vers son visage mais croisa son regard. Et apparemment il avait remarqué qu'elle l'observait depuis le début. Elle ne pu détacher son regard du sien. Contrairement à son habitude où elle ne parvenait jamais à soutenir le regard de son prochain. Comment arrivait-elle à ne pas baisser les yeux face à un homme comme lui ? Et lui pourquoi ne détournait-il pas le regard ? Elle attendit qu'il le fasse. Le peu d'hommes qu'elle connaissait ne portaient jamais une attention sur elle aussi longtemps... Il arriva presque à sa hauteur, elle le vit ouvrir légèrement la bouche. Peut-être s'apprête-t-il à me parler ? songea-t-elle paniquée. Elle détourna aussitôt les yeux.
Quant à lui il sembla se raviser et poursuivit son chemin.